Cyberpunk à chiens

Un avis qui n’engage que moi à propos de Cyberpunk Red, la boîte d’intiation. On va faire ça en plusieurs parties :

  • D’abord, la présentation
  • Ensuite, le fluff
  • Puis, les règles
  • Le « scénario »
  • Et une petite conclusion

La présentation :

    – Rien à dire sur la présentation, c’est moderne, sur 2 colonnes (merci pour les yeux). C’est simple et flashy en même temps. Bon si quelque chose à redire en fait. Une chose toute petite qui me suit depuis que j’ai commencé Cyberpunk, trois fois rien hein, juste un détail. Bon un détail en fait super lourd : il n’y a toujours pas écrit le nom des bouquins sur leur dos. Du coup quand tu as une boite ça va, mais quand tu les as à l’ancienne, ou que tu vas acheter des suppléments si ils gardent cette ligne directrice ça donne ça :

  • Les anciens, essayez de différencier mon corpo book, mes chromes, mon solo of fortune entre Night City et Bartonmoss 🙃 :Facile non ?
  • -Les nouveaux :
  • Le progrès

Cimer les gars, c’est tellement pratique quand t’as une quinzaine de bouquins de règles/contexte de devoir mettre un post-it en haut pour savoir de quoi il s’agit ou de sortir ton tas de bois mort entier de la bibliothèque. M’enfin, les mauvaises habitudes, ça vaut pas que pour les systèmes de règle fumés (pun intended).

Bref je mettrai un commentaire sur DT, je sais pas si c’est volontaire (c tro dark!) ou juste une omission qui a la vie dure. En tout cas, ça renvoie au souci du détail dont je vais parler dans …

Le background « Bienvenue à Lite City »

Le livret, sobrement intitulé « World Book », commence par nous dire ce qu’il s’est passé depuis 2020. On y apprend qu’il y a eu une troisième guerre mondiale initiée par les corporations, que ça a pété das tous les sens, puis le 20 Août 2023 survient « l’holocauste de Night City ». Une « pocket nuke » est lancée sur le building Arasaka de la corporate plazza. Et du coup ça va, c’est un missile nucléaire de poche, donc la ville n’est pas rasée, juste irradiée. On y revient un peu après, mais déjà vous pouvez sentir l’odeur du corps encore chaud de la cohérence vous effleurer les narines.

A partir de la page 5, c’est « Les USA à l’époque du Rouge », à mon humble avis un Vieux Pape. Les US sont fragmentés en cité-états indépendante, mais Elizabeth Kress en est présidente, parce que ça fait bonne figure de mettre des femmes à des hautes fonctions placards si je comprends bien. Ancienne militaire au bras long, elle est ce qui tient les États-Unis ensemble, même si on comprend vite qu’il n’en est rien.

Puis vient Night City, toujours page 5, indépendante mais faisant quand même partie de la Confédération Pacifique, qui a vite fait remis en place  de quoi échanger des denrées permettant à NC de se relever. On apprend Biotechnica fait repousser une flore expérimentale et introduit une faune du même acabit dans les régions dévastées.

Ensuite on nous parle du monde, l’Afrique a conquis l’espace, l’Amérique du Sud s’est solidifiée, l’Asie du Sud-Est (généreusement appelée « Asie » hein, c’est quand même des américains qui écrivent ne l’oublions pas) se reconstruit, l’Europe c’est mort, le Moyen Orient (mais si vous savez ce bout de terrain situé en ASIE) se prépare à lutter contre l’envahisseur corporatiste.

Enfin, on nous parle des corpos, elles sont mal en point et se sont retrouvés divisées en de multiples fragments qui luttent pour leur part de marché. Enfin sauf Biotechnica, division de Petrochem, qui je suppose se porte bine puisqu’elle peut faire pousser une jungle sur le continent Nord-Américain avec l’aval du gouvernement fantoche ¯\_(ツ)_/¯

Vient ensuite une section récapitulative des évènements dans l’univers du jeu, et il faut le dire c’est pas mal pour savoir où on évolue, voir prévoir des ptits scénars flashbacks pour les PJ ou déporter/lier des intrigues à une autre époque. Un rappel également axé sur l’histoire de Night City, qui depuis le temps, je ne vais pas le cacher, m’avait complètement échappé.

On fait un bref retour sur le maire et comment il s’est fait enflé, les corpos, l’histoire jusqu’au contexte de cyberpunk 2020. Ils expliquent ensuite ce qu’ils ont déjà expliqué précédemment, et là je comprend qu’on a pas la même définition d’holocauste. Ce que le chapitre suivant va tendre à prouver.Parce que s’ils ont le bon goût de dégager Cyberpunk 3 (pudiquement appelée « réalité alternative » par l’auteur de ce que j’ai pu lire de la rumeur, pour dire que tout est à jeter), c’est remplacé par une huître muqueuse crachée au visage de la logique élémentaire.

Donc :

  • Le monde est pourri, les corpos sont des entités très très méchantes (jusque là, classique, canon)
  • Araska et Militech font partie de ces corpos en guerre. Araska a donc balancé une « pocket-nuke » sur son propre bâtiment pour faire accuser Militech, dans la corporate plazza de NC. Oui rien que ça. Alors comme je suis un relou j’ai jugé, mais je me suis dit, si nuke ne veux pas dire « bombe nucléaire » je vais avoir l’air d’un rageux, alors j’ai été voir dans le dictionnaire anglais :

Voilà voilà. Une bombe nucléaire sur la ville, mais c’est cool, elle est « pocket », donc du coup c’est choupi et ça ne va poser aucun problème de cohérence avec la suite, mais non, qu’est ce que vous êtes mauvaises langues ho ho.

Balayons tout ça avec un effet visuel, le ciel est rougeâtre pendant un temps, c’est ça le RED. Vous êtes heureux, le nom veut dire quelque chose. C’est pas le sang, la chair qui se rappelle au cyber ou quoi que ce soit non, c’est un effet de bord d’un truc d’une crédibilité à toute épreuve.

En vrac ce que l’on va savoir de Night City ensuite : 

  • Le recap sur l’histoire de la ville (ça c’est cool).
  • Les habitants ont tous des puces anti-radiations (sous cutanées ? des patchs ? des précisions ? vous rigolez ?), donc c’est cool, par contre ça a créé du remous, les eaux usées, les systèmes électriques tout ça, bien entendu c’est foutu. Sans rire, ils expliquent que la ville complète était inhabitable pendant 24h, mais heureusement les habitants étaient super cybernétisés ou avaient activé leurs « filtres anti-radiations » (lol) donc en fait ils ont surtout déserté le centre ville (P15). Je ne vais pas vous faire l’affront de chercher une seconde définition, m’est avis qu’ils ont une vision bien à eux de l’holocauste.
  • NC devient un champ de bataille en reconstruction, qui sera ultimement récupéré par les nomades, qui vont désormais assurer transport de marchandises, assumer des responsabilités locales etc
  • On oublie l’administration, c’est des groupes qui s’auto-gèrent. Et se partagent le gâteau. . Des nomades, des corpos qui réinvestissent les lieux bien évidemment, sûrement des associations de commerçants et de quartier…
  • Les hôpitaux ont survécu mais ils manquent de personnel, par contre la ville est parsemée de cliniques ambulantes (p19).
  • Des dataterms sont toujours disponibles un peu partout, mais bon on est en droit d’imaginer que les terminaux mobiles des gens les rendent un peu datés…
  • Max Hammerman, ancien flic, assure à lui seul le travail de police à coup de recrutement de solo pour rétablir l’ordre, du coup ça en fait une milice municipale de la cité-état ce qui est un profond non sens, d’autant qu’on va vous demander de bien avoir peur des flics.
  • Les transports en commun sont fonctionnels, je vais pas m’étendre, mais sachez qu’on peut s’offrir des voyages spatiaux. Des holocaustes sans morts, des villes dévastées en ruines mais l’aérospatial se portent bien…

Viens la partie 4 (p22), « Everyday Things ».

Pareil des infos sur l’ambiance :

  • La drogue est interdite, mais pas les trucs de synthèse dans des labos miteux.
  • Qu’importe le crime, c’est la prison si on vous choppe (vous savez, la milice 🙃), si on ne vous a pas collé une bastos dans le coffret.
  • On a des « agents » SAAI (Self-adative AI) qui vont permettre de hercher des infos pour vous, passer des coup de fil, organiser votre agenda etc etc (du coup les dataterms sont entretenus pour justifier des impôts ?)
  • Le réseau, parlons-en : comme d’hab dans tous les jeux de rôle pensés par des gus qui croient que informatique = magie, on a encore quelque chose de parfaitement au poil. Mais disons que Cyberpunk est un genre, pas seulement une époque, et que la matrice très visuel d’icelui soit d’actualité dans une dérivation de notre monde où tout a empiré, surtout le pire. Même là j’ai du mal à sauver des trucs. En gros il n’y a plus de réseau. Enfin à l’échelle mondiale. Il y a bien chaque ville qui entretient son truc local à base de renseignements sur les services publiques (qui n’existent pas si je me fie au même bouquin hein), petit annuaire et tout, le datapool. Les corpos ont toutes leur LAN déconnecté du reste (du coup fini les hacks de l’extérieur, maintenant faut entrer). Enfin elles ont parfois des liaisons WAN avec d’autres éléments de la corpo j’imagine, parce que je vois mal la big corpo evil from hell avec en fait un batiment de 30 étage pour tenir tête à une ville en ruine peuplée de camés, de chômeurs, de rebelles. Hein ça n’aurait pas de sens hein. Mais bon du coup si y a un semblant d’administration détenue par les gros bras de la ville et des liaisons pour les corpos entre les villes, je me dis qu’elles doivent pas péter bien loin vu le fric qu’il y a à se faire à rouvrir internet. J’imagine que je ne suis guère un stratège. Au lieu de ça on a un twitter/youtoob local qui porte le doux nom de popmedia (qui peut aussi véhiculer des programmes, j’imagine que c’est pour de l’intrigue pas cher).
  • Les médias sont des équivalents de corpos (alors pareil me demandez pas avec quels moyens) ou des artistes free-lance. La télé et la radio ont fait leur grand retour avec la fin du NET mondial mondialisé.
  • Quelques lieux, véhicules, infos sur la nourriture etc.

Voilà pour le background. En gros. Il reste un chapitre avec comme sujet la maîtrise du jeu, il y a les conseils d’usage pas très finaud de cyberpunk, et, bien entendu, aucune suggestion sur la gestion de l’action avec la matrice en parallèle de la bidoche. Il y a quelques organisations vaguement décrites (de quoi se les approprier vitezeuf et broder) et une table aléatoire de rencontre en ville.

Puis survient le scénario dont on parlera à la fin.

Les règles

Les règles, elles ont pas trop bougé, c’est de l’interlock (STAT + SKILL + 1D10), perso j’aime bien même si ça force à sur-spécialiser les personnages, ça va avec les canons du genre.  Il y a de quoi créer vite fait un perso, avec des tables, comme naguère. Par contre s’ils parlent des classes et des compétences spéciales d’icelles, ils ne décrivent que « Interface », alors qu’ils te filent des pré-tirés d’autres classes. Dommage pour ceux qui ne seront pas le netrunner s’ils prennent les pré-tirés.

Ils remplacent aussi Friday Night Firenight Par Thursday Night Throwdown, qui change la donne, notamment avec le jet de « Facedown » (baisse les yeux ?) par défaut quand tu rencontres des keupons : si tu rates mais que tu veux te battre quand même, t’as -3 à toutes tes actions. C’est ambitieux vu les niveaux de difficultés du jeu : 10 c’est enfantin, mais bon c’est juste le max de ton dé, 14 c’est un difficulté « everyday life », à partir de 18 ça devient « competent », bref t’as intérêt à furieusement maxer tes compétences pour faire des jets utilisables sous pression dans l’action (P26). Si en plus les adversaires ont des armures… Et, évidemment, aucune suggestion pour la gestion de l’échec.

Il y a aussi une explication d’un netrun sans surajout de programme mais toujours sans conseils pour l’intégrer dans l’action :/. J’imagine qu’ils comptent sur le fait que les runners doivent désormais être dans les locaux de la corpo pour agir. Cela dit, toujours aucune réflexion sur la mise en réseau des choses. Après je suis mesquin ce n’est qu’un kit d’intro. Pour finir, pas de liste de prix/armes/équipements, même rudimentaire (si ce n’est quelques guns mais bon, ça fait pas tout). De toute façon j’écris ça mais les règles sont pas vraiment sorties, j’imagine que j’ai eu le droit à un patchwork de kit d’initiation. La seule qu’il y a c’est le hacker parce que je suppose que c’est la seule difficile à prendre en main. N’étant pas moi même un bon mécaniste, je ne vais pas m’y appesantir.

Le Squat

Bref le clou du spectacle qui illustre à mon sens tout ce qui est raté dans ce qu’on nous propose : le scénario.

« Johnny colère squatte un appart miteux dans la conurb, et en fait les propriétaires vont le mettre à la rue. Johnny n’a pas de cause, pas de mission, pas de vision rien, il faut juste éviter qu’il se fasse mettre dehors »

En gros vos PJ doivent résister à WorldSat toute la nuit sinon ils sont dégagés de leur squat. Ils vont pouvoir essayer de soudoyer les voisins, il y a des pistes pour que chaque rôle ait son moment de lumière, c’est un peu basique mais c’est un kit d’init. Donc c’est pas là dessus que ça me dérange. Là où il me semble que cela pèche c’est sur la proposition globale (qui est raccord cela dit avec ce que propose la boite, énormités scénaristiques mises à part) : on ne fait plus du cyberpunk de genre, on est un cyberpunk à chien. On fait des petits deals de merde et on lutte contre « le système ». Il n’y a pas de mission et pourquoi donc y en aurait-il dans cet environnement ? C’est Mad Max avec un nouveau maquillage. Pas de corpos qui vous utilisent et tentent de mieux vous jeter, fini le réseau matriciel (mais ça c’est pas grave c’est toujours mal utilisé) et ses multiples éléments graphiques, fini les néons, la crasse et le chrome, fini les corpos toutes puissantes, maintenant vous êtes des gueux comme les autres et vous luttez avec eux. Notez que j’ai rien contre les gueux, les punks à chien ou quoi hein, chacun sa route, je juge pas? Par contre ce qui m’agace c’est que cyberpunk n’est pas qu’un univers, c’est aussi une proposition ludique, littéraire, assez codifié finalement. Et là je ne la retrouve pas dans ce que le jeu propose de me faire vivre. Et l’univers, bah c’est mad max quand il y a un peu de société qui s’est reformé, avec un marché un peu plus étoffé quoi.

Bref. Y a quelques autres idées de scénars de la taille d’un ticket de métro, c’est toujours ça de pris.

Conclusion péremptoire

Pour résumer, et sous réserve, puisque les guides officiels sont pas encore sortis :

  • Les – :
  • le pitch de départ, mais quelle putain de blague
  • le système toujours aussi pété et qu’ils ont durci,
  • ne propose plus de faire effectivement du genre cyberpunk mais de vivre dans un environnement cyberpunk (c’est pas vraiment un moins, mais c’est quand même potentiellement ce que les gens vont chercher),
  • Les + :
  • un bon récapitulatif des règles, mais aussi de l’histoire de Night City et de l’univers de Cyberpunk,
  • on peut jouer avec direct (enfin sauf les compétences de classe, mais bref c’est pas gravissime on les comprend quand même assez vite ou on les cherche sur internet et voilou ça va pas ou peu changer),
  • une bonne mise en page, claire,
  • et surtout, le plus important, ça vous motivera peut-être enfin à ouvrir The Sprawl qui vous fait de l’oeil depuis un bon moment ;]

Gardez votre fric.

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